Pourquoi chanter fait-il du bien ?

Chers amis, voici un article de la revue Psychologie Magazine, particulièrement interressant !

Pourquoi chanter fait du bien
Par  Marie Auffret-Pericone

Nous sommes de plus en plus nombreux à chanter, et pas seulement dans l’intimité de notre salle de bains. Phénomène de mode ? Pas seulement. Chanter permet aussi de nous ouvrir à nos émotions et de les exprimer en jouant sur le registre de notre propre partition intérieure

Un bien-être physique et psychique
Bonne nouvelle pour tous ceux qui ont envie de chanter : nul besoin de connaissances musicales particulières pour tirer de sa voix un bien-être physique et psychique. Et l’âge ne change rien. « Chanter a été pour moi une thérapie. J’ai l’impression de l’avoir toujours fait. Enfant, le chant m’apaisait et m’a permis de canaliser mon trop-plein d’énergie et une certaine violence », raconte Sylvie Kapeluche qui, depuis, n’a jamais cessé de faire résonner sa voix de soprano léger – elle fête cette année ses trente ans de scène. Sans aller si loin, chanter fait parfois partie d’une véritable hygiène de vie.

« Si j’exerce mon métier de professeur d’allemand avec autant de plaisir et sans trop de stress, c’est notamment parce que je chante en chorale une à deux fois par semaine, confirme Christine, 40 ans. Cette pratique m’a permis d’apprendre à mieux poser ma voix, ce qui m’est très utile lorsque je dois élever le ton. Contrôler ma voix en évitant le dérapage dans les aigus me permet aussi de rester maître de moi. »

Sans oublier le bien-être physique sur lequel tous les chanteurs insistent. « Après deux heures de chant, je suis vidée, comme après avoir fait du sport, et je dors comme un bébé. C’est mon yoga à moi », poursuit Christine. « Le travail de la respiration est très physique, explique Catherine Braslavsky. L’inspiration part du ventre, remonte jusqu’aux clavicules. Puis le thorax se vide et le son glisse et s’appuie sur le souffle. Lorsqu’on chante, on a vraiment l’impression de surfer sur cette vague de la respiration. »

Accoucher en chantant
Dans les années 60, Marie-Louise Aucher est la première à utiliser la voix comme technique de mieux-être, après avoir mis en évidence que les vibrations de la voix se propagent dans le corps à travers le squelette, avec des effets physiques et psychologiques. Elle pose ainsi les premiers jalons de la “psychophonie”, qui trouve une de ses applications auprès des femmes enceintes. Car l’expérience le prouve, accoucher en chantant, ça fait moins mal ! « Les vibrations sonores au niveau du cerveau vont augmenter la sécrétion des endorphines, ces neuromédiateurs inhibant la douleur et donnant une sensation de bien-être », explique Samira Ben Hadj Yahia, gynécologue obstétricienne formée au chant prénatal.

Enceinte, Anne-Sophie, 34 ans, a suivi des cours. « Ç’a été très bénéfique car le chant prénatal développe le souffle, primordial lors de l’accouchement. En produisant des sons graves et doux, on se concentre sur sa voix et sur les vibrations qui se propagent dans le corps. On a l’impression d’envelopper le bébé d’un univers de sons apaisants. Je n’ai pas osé chanter durant l’accouchement, mais j’avais une bonne conscience de ma respiration, ce qui m’a été très utile pour accompagner la descente du bébé dans le bassin. »
Lâcher prise
Bien sûr, les vertus du chant ne se limitent pas à ces aspects physiques et vibratoires. « Le choix du répertoire permet d’exprimer ses émotions et d’apprendre à les gérer », remarque Colette Billaux, psychophoniste. Autrement dit, panser ses chagrins en chantant les classiques de Barbara ou se doper le moral sous la douche en interprétant les airs de Verdi est également salutaire !

Cependant, une fois sorti de l’intimité de la salle de bains, reste à franchir une étape indispensable : o-ser ! Car s’exposer aux regards – et aux oreilles – peut être une véritable épreuve. « Chanter devant quelqu’un d’autre, c’est accepter de perdre le contrôle. Le pas est encore plus difficile à franchir si, durant toute votre enfance, on vous a seriné que vous chantiez faux », explique Mathilde, 37 ans, qui a pris des cours de chant particuliers avant de se sentir prête pour un stage collectif.

« Lorsque l’on chante, on parvient à se laisser aller dans le plaisir de l’instant présent et à se couper du mental. C’est une des raisons pour lesquelles chanter fait autant de bien », remarque Philippe-Nicolas Melot. Savourer le bonheur d’être là, tout simplement ? « Je répète souvent à mes élèves de ne pas avoir peur de lâcher prise même si leur voix les surprend, souligne Sylvie Kapeluche. Et que le chant, c’est aussi tout ce qui se passe dans les silences. Je reste persuadée que ce n’est pas un hasard si tant de jeunes veulent participer à “Star Academy”. Ce n’est pas seulement pour passer à la télé et gagner de l’argent : c’est également parce que chanter rend vraiment heureux. »

PAR OU COMMENCER ?
• Vous chantez faux : primo, chanter faux n’empêche pas d’éprouver du plaisir et de se sentir détendu à l’issue d’un récital en solo dans sa voiture ! Secundo, chanter juste s’apprend. Pour travailler la technique vocale (dans les conservatoires municipaux, structures associatives, privées, chez les psychophonistes, etc.), prévoyez un cours individuel de trente minutes à une heure par semaine, assorti d’un travail quotidien d’environ une demi-heure (s’il vous faut également étudier le solfège, comptez une heure ou une heure et demie de cours hebdomadaire, sans oublier le travail à faire chez soi).

• Vous ignorez le solfège : à condition de chanter juste, on peut vraiment se faire plaisir en chantant en chœur. Dans de nombreuses chorales, le travail se fait “à l’oreille”. Il n’est donc pas obligatoire de savoir déchiffrer une partition.

• Vous hésitez sur le répertoire : classique, baroque, romantique, variétés, jazz… C’est une affaire de goût. Sachez que, en général, plus le chœur est d’un niveau soutenu, plus il se spécialise, et que certains répertoires, comme le jazz vocal, impliquent une technique particulière ou la pratique de l’improvisation.

CHANTER :
Pour mieux se connaître
En dehors des chorales et des cours de chant, il existe des lieux de pratiques vocales destinés à ceux qui souhaitent prendre conscience de leur respiration, améliorer leur posture, explorer leur personnalité et découvrir la puissance créatrice de leur corps.

A LIRE :

• “Chanter à Paris” de Marie-Christine Vila.
Une mine d’adresses pour les cigales de la capitale (Parigramme, 2002).

• “La Voix énergie” de Jacques Bonhomme.
Pour améliorer la capacité de communication en travaillant sur les effets et les impacts
de la voix (Dangles, 1999).

• “Méthode Vaccaï” (Peters et Ricordi Milan) et “Bien débuter le chant” (Musicom).
Deux méthodes avec livre et CD, l’une de chant classique, l’autre de variétés, pour se lancer tout seul chez soi.

 

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